TGI de Colmar, Référé, 21 avril 2008 SAS Univers Pharmacie c/ SC Galec (Groupements d’Achat des Centres E. Leclerc)
CA Colmar 7 mai 2008 SAS Univers Pharmacie c/ SC Galec
Dans mon école primaire, un petit atelier Art Manuel était organisé aux fins de confectionner, à l’occasion de la fête des mères, un cadeau ambiance « graine d’artiste ». Dans la liste des cadeaux annuels dont je me souviens (à savoir un calendrier constitué d’un patchwork de photo de chaque progéniture vêtue en fonction des saisons, un porte-trombonnes de bureau en pâte à sel et un vide-poche en tissu imprimé de l’empreinte des mains et pieds de chaque enfant) figure le top du cadeau : le collier en Penne Rigate bombées en doré.
En voyant le visuel diffusé par Leclerc présentant un collier en pilules colorées, je me suis dit que, peut être, le créatif avait lui aussi composé un collier de macaronis quand il était petit…
– Nostalgie –
La version du collier de Leclerc est beaucoup plus haut de gamme que celle de mon enfance.
Ce qui est reproché au groupe Leclerc est justement l’assimilation des médicaments à un bijoux « hors de prix » et donc hors de protée du pouvoir d’achat des consommateurs.
Dans cette campagne, le groupe Leclerc réclame le droit de vendre les médicaments non remboursés par la Sécurité Sociale (actuellement dans le monopole des pharmacies)[1], en utilisant le slogan « Avec l’augmentation du prix des médicaments, soigner un rhume sera bientôt un luxe ».
Le juge des référés constate que la publicité laisse penser que seul Leclerc a le pouvoir de faire baisser les prix et que les pharmaciens sont à l’origine de la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs. Le juge des référés considère que la campagne constitue[2] :
- une pratique commerciale déloyale[3]
- un acte de concurrence déloyale : un dénigrement à l’égard des pharmacies en « [laissant] croire que seule la pharmacie d’officine est responsable de la perte du pouvoir d’achat en matière de santé, et de l’augmentation du prix du médicament ».
Or, a contrario, en appel, la Cour considère que : « aucun des fondements (…) allégués (…) ne caractérise effectivement un trouble manifestement illicite, susceptible de résulter de la communication organisée par le groupe Leclerc »[4].
La Cour d’appel retient que l’allégation laissant penser qu’une ouverture du marché à la concurrence permettrait de neutraliser la hausse des prix n’est pas manifestement fausse et même si cette allégation est jugée réductrice elle ne constitue pas un véritable dénigrement.
L’image des médicaments assimilés à des bijoux est jugée « d’une ironie un peu agressive » mais qui « dépasse pas manifestement les limites de ce qui est permis en matière d’expression humoristique »
Que faut-il en penser ?
- avec bonheur que la Cour d’appel prône la liberté d’expression en confirmant implicitement le droit de Leclerc de communiquer sur la hausse des prix des médicaments d’autant plus que cette hausse est corroborée par la Sécurité Sociale, comme le souligne la Cour d’appel.
- que la Cour d’appel est réceptive à l’ironie et à l’humour (même « un peu agressif »)
- que cette affaire va sans nul doute relancer le débat sur l’automédication et sur les critiques sue l’existence de drugstores dans certains pays étrangers.
Epilogue :
L’affaire est à suivre! Elle va être jugée au fond prochainement[5].
[1] Actuellement, le groupe Leclerc ne peut vendre que les produits de parapharmacie.
[2] « La présentation ambiguë du problème des prix des médicaments non remboursés par le biais de cette publicité volontairement agressive et déloyale est à l’origine d’un trouble manifestement illicite »
[3] en retenant notamment que la publicité opère une confusion entre les produits vendus en pharmacie et ceux autorisés en parapharmacie et qu’elle induit en erreur sur les prix.
[4] La décision de la Cour d’appel est confirmée en cassation par le rejet du pourvoi en cassation.
[5] Le juge des référés n’est compétent que pour juger dans l’urgence, des troubles manifestement illicites… mais pas pour juger l’action au fond.




